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Interview de Jean-Yves Corvez

Orientation scolaire et professionnelle : Interview de Jean-Yves Corvez

Une main de fer... et un coeur gros comme ça ! Jean-Yves Corvez est professeur de cuisine au Lycée Santos Dumont à Saint Cloud (92). Vous l'avez vu dernièrement dans l'émission "Oui chef" sur M6. Fonceur, l'homme ne mâche pas ses mots, dit clairement ce qu'il pense et ça fait du bien. Fils d'ouvrier, il veut transmettre des valeurs simples telles que le courage, l'engagement et le respect. Nous l'avons rencontré pour qu'il nous parle de sa filière, de son métier des études.
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RJ : Vous êtes très différents de vos collègues?

Jean-Yves Corvez : Non, il y a des collègues dans lesquels je me retrouve. Je marche beaucoup à l'envie. Je ne peux pas enseigner si j'ai pas réussi à créer une émulation, je gère ma classe comme une équipe. Mon souci du premier mois de l'année, c'est de créer cette émulation parce que si je n'arrive pas à la créer, je pense que je vais être moins bon. Ils sont redevables de l'enseignement que je vais leur donner, c'est-à-dire qu'on donne rien sans rien, c'est pas gratuit. Ils doivent s'investir. J'ai réussi à créer ce respect. Ils savent que s'ils me demandent, je vais leur donner, mais attention, s'ils me demandent, à un moment donné, ils seront redevables, ça veut dire qu'il faut qu'ils me prouvent que les informations que je leur ai données, elles aient servies à quelque chose. Donc, je demande un travail en contre partie. Le problème, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de formation, et là, je vais peut être me mettre des gens à dos, qui sont capables de mettre en place cet esprit d'équipe et j'irai même plus loin, cet esprit de famille et dans cette famille, on a réussi à garder tout ces savoir-être qui sont indispensables à la réussite de notre profession.

RJ : Vous avez des termes qui sont très proches de l'armée.

Jean-Yves Corvez : Ce n'est pas seulement l'esprit militaire que l'on veut donner. On est capable avec un élève, d'être très sévère, et quand je dis très sévère, c'est très sévère, je ne sait pas si vous avez suivi quand je remonte les bretelles de Jérôme mais on y va pas avec le dos de la cuillère.
Et je pense que les jeunes sont demandeurs de cadre précis. Si on arrive à faire un carton avec une émission comme "Oui chef" en donnant des valeurs aux jeunes, c'est qu'il y a un manque, vous ne croyez pas ?

RJ : Qu'est-ce "Oui chef" vous a apporté?

Jean-Yves Corvez : Ce qui m'a plu dans cette aventure, c'est de mettre en valeur des jeunes dont on ne parle jamais, ceux qui relèvent les manches, qui triment, qui sont toujours dans l'ombre. Aujourd'hui, toutes les émissions de télé sur la cuisine, c'est que des grands, ils ne parlent que des têtes couronnées, que des gens qui ont 3 macarons, 2 étoiles mais, à coté de ça, ceux qui triment au piano (fourneaux), on en parle jamais ou très peu. Et donc, c'est ce challenge-là qui m'intéressait. Il était temps de parler des jeunes qui trouvent ça dur parce qu'il faut se lever tout les matins pour aller bosser, parce qu'ils viennent d'essuyer un service où ils se sont brûlé ou coupé, parce qu'il faut supporter un chef qui va être un peu en colère pendant le service parce que ça va pas assez vite. C'est ça qui m'a plu, la vraie vie. Arrêtons un peu les paillettes, montrons aux jeunes ce que c'est de suer, et ça c'était un bon challenge pour moi.
RJ : En étant caricatural, quel serait pour vous le candidat idéal pour ce métier ?

Jean-Yves Corvez : Oh, il y en a plusieurs. Ce métier peut fédérer plusieurs cas de figure. Le premier candidat idéal, c'est le zonard, un peu comme Michaël (de "Oui chef"). Quelqu'un qui n'a rien fait de sa vie encore et qui se dit, maintenant, il faut que je me mette à bosser, que je trouve un boulot qui soit porteur d'emploi tout de suite, qui s'orientera sur un CAP (examen de niveau 5), après, si ça se passe bien en CAP, il pourra intégrer un BEP pour pouvoir accéder au bac pro (examen de niveau 4). Il y a aussi le cas de figure Bérénice, la meilleure élève de la classe, c'est une fille qui a une maîtrise de psycho, on l'a prise parce qu'ils nous fallait aussi quelqu'un qui ait un peu les pieds sur terre, donc elle, excellente élève, profil type, c'était sa vocation.
Troisième possibilité, l'élève qui est en fin de 3ème et qui se cherche un peu, qui a un peu de bagou, il peut se lancer dans cette voie, seulement, ce qui risque de l'arrêter, c'est le courage, s'il est pas assez courageux, il abandonnera rapidement, si c'est quelqu'un qui apprend a devenir courageux, qui s'accroche, la voie est tracée.
La réussite, c'est une question de volonté. Il y en a qui vont aller moins vite que d'autres, comme dans tous les métiers. Et puis, vous savez, ce ne sont pas ceux qui vont les moins vite au départ qui sont les moins bons à la fin. Ceux-là réussissent bien parce qu'ils emmagasinent des informations et après les bases sont solides.

RJ : et combien gagne-t-on ?

Jean-Yves Corvez : Pour un CAP, c'est le SMIC. Apres tout dépend du style de restauration. Et puis vous pouvez très bien gagner votre vie si vous accepter au début de manger votre pain noir, tout est là. C'est une profession où on continue à apprendre tous les jours, il n'y a pas de place pour la routine et c'est aussi pour cela que c'est un métier passionnant. Soit vous choisissez la facilité, et vous gagnerez votre vie correctement rapidement, mais ensuite, vous allez stagner, il vaut mieux apprendre beaucoup de choses, pendant 5/6 ans, ne pas arrêter d'aller à l'information, de changer de maison etc... Pour être après reconnu et vous imposer. Quand on va venir vous chercher, ça ne sera plus le même tarif, comme dans tous les métiers. Mais on peut bien gagner sa vie dans ce métier-là. Il n'y a pas de chômage dans cette branche, celui qui veut y arriver, qui est sérieux et courageux, réussira. Il faut juste être patient.
Orientation scolaire et professionnelle, conseil et soutien scolaire
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